La pollution des feux d'artifices, info ou intox ?

Depuis quelques années, les articles à charge contre les feux d’artifices fleurissent sur la toile. Certains journalistes n’hésitent pas à annoncer des chiffres exagérément hauts ou même utiliser des faits détournés pour que leurs articles à sensation génèrent du traffic sur leurs sites. C'est est un bon moyen d’utiliser certains termes recherchés par les internautes lors du nouvel an et de la fête nationale et cela même lorsque le journaliste n’a rien de particulier à annoncer.


Dans l'article « Les feux d’artifices sont-ils polluants ? » publié le 31 décembre 2019 sur le site Futura Planète, la journaliste compare les chiffres du spectacle pyrotechnique de Paris à la consommation automobile… d'une voiture.


Dans une lettre ouverte et en utilisant sa propre démonstration, Edouard GREGOIRE démontre qu'il faut se méfier de ce genre d'intox.





"Chère journaliste de Futura Planète,


Encore une fois la pyrotechnie est victime d’un article a charge et cela par votre plume. En soit, je peux le comprendre, nous, professionnels de l’artifice nous avons conscience que notre activité n’est pas la plus écoresponsable qui soit (mais on y travaille), non ce qui me dérange c’est la manière de tourner les chiffres en faveur de votre article.

Pour commencer et comme vous le savez certainement, le feu d’artifice fonctionne grâce au triangle du feu, il y a combustion donc il y a dégagement de CO2, comme votre poêle a bois à la campagne… Donc jusque-là, rien d’anormal…

En tant qu’expert du secteur et comme bon nombre de mes confrères, je sais que votre calcul du feu de Paris est 10 fois supérieur à la normal. Eh oui, le feu de Paris ce n’est pas 30 Tonnes de poudre mais 3 Tonnes, ça commence mal… Je ne sais pas ou vous avez trouvé cette information mais certainement pas auprès de la Mairie de Paris, ni même auprès de l’entreprise en charge du spectacle… Mais continuons !


Vous écrivez dans votre article, je cite : « Un feu d'artifice comme celui du 14 juillet avec 30 tonnes de poudre projette ainsi dans l'atmosphère 14,7 tonnes de CO2, l'équivalent d'un trajet de 67.000 km en voiture essence. » (source https://www.futura-sciences.com/planete/questions-reponses/pollution-feux-artifice-sont-ils-polluants-793/) son article a été corrigé depuis la parution de cette lettre le 5 février 2021.



La pollution des feux d'artifices, info ou intox ?

Divisons d’abord vos données par 10 puisque votre premier chiffre est faux, nous trouvons alors :

3 tonnes de poudre, 1,47 tonnes de CO2 et un trajet de 6700km.

Si, en reprenant votre calcul, nous prenons la moyenne journalière du nombre de kilomètres réalisés par une voiture, en 2018 soit 35,9 km/jour (source https://fr.statista.com/statistiques/484345/distance-parcourue-en-moyenne-par-voiture-france/) et que l’on multiplie cette moyenne par le nombre de voitures empruntant les routes d’Ile de France chaque jour soit 15 320 766 environ (source : https://www.planetoscope.com/automobile/836-deplacements-en-voiture-en-ile-de-france.html)

Nous obtenons le résultat suivant : 550 015 523 km (résultat 1) parcouru en ile de France chaque jour, 22 917 313 km chaque heure (résultat 1 /24) , 381 955 km chaque minutes (résultat heure /60), 6 395 km chaque seconde (résultat minutes /60)…


Tient donc… 6 395 km, on arrive presque à votre chiffre de 6 700 km (67 000/10) … Donc chaque seconde en Ile de France on tire le feu de Paris uniquement par la circulation des véhicules… Et là je ne vous parle pas de durée du spectacle car les 3 tonnes de poudre de Paris ne sont pas consommées en une seconde mais en 30 minutes…


Tenez, une autre donnée amusante, chère journaliste, saviez vous qu’en écrivant votre article à charge et moi-même en vous répondant, nous avons dégagé du CO2 ?

Sur le plan des émissions de gaz à effet de serre, l'utilisation d'Internet représente 3,7% des émissions mondiales, c'est-à-dire l'équivalent de tout le trafic aérien du monde. ... Concrètement, cela représente, rien que pour Internet, 400 g de CO2 émis par habitant en moyenne chaque année. (source : https://www.energuide.be/fr/questions-reponses/est-ce-que-jemets-du-co2-quand-jutilise-internet/69/)

Ce qui est drôle, dans tout cela, c’est que votre article est repris par vos confrères comme LCI (https://www.lci.fr/planete/environnement-la-pollution-face-cachee-des-feux-d-artifice-2141675.html) favorisant ainsi la mauvaise image polluante des feux d’artifices…

Quand aux éléments tels que le « Propergol », je vous laisse étudier la fabrication des feux d’artifices et nous en reparlerons… Bonne journée, chère journaliste !


Bonne journée, chère journaliste !"



Contrairement à ce que certains journalistes prétendent, les professionnels du secteur œuvrent chaque jour pour étudier les répercussions de leur profession sur l'environnement et supprimer, dès que cela est possible, les éléments qui pourraient poser problème. De même, les déchets générés durant les spectacles sont systématiquement ramassés et retraités. L'union Professionnelle des Créateurs de Spectacles Pyrotechniques, syndicat professionnel regroupant une cinquantaine d'entreprises, a ainsi amorcée des groupes de travail dont un est spécialement consacré à l'environnement.


Aux Masters de Feu, des études des sols et de l'air sont prévus pour contrôler et étudier la concentration des retombées pyrotechniques.